Chapitre 11

Mardi 1er juillet 2025

De retour dans la loge, je me sentais encore sous le choc. Je crus longtemps que toutes mes chances étaient perdues. Eo, lui, était toujours en transe ; frôler la catastrophe le rendait heureux. L’Émissaire affichait un visage serein, comme s’il venait de sauver le monde.

Le médaillon se détacha de mon cou, vola dans la pièce et Léa se matérialisa sur la scène. Elle portait une tenue de pom-pom girl et effectua quelques pas de danse en chantant :

— Vous avez décroché le Bonus !

Un feu d’artifice éclata dans toute la loge.

La bonne humeur de Léa nous surprit et nous contamina. Je me déridai enfin. Eo se déhanchait sur la musique entrainante. L’Émissaire aussi se laissait aller, il tapait du pied ! Puis, les lumières cessèrent de clignoter et Edgar, le ringard, vint prendre place aux côtés de Léa. Les deux garçons restèrent debout, les bras croisés sur le dossier de leurs fauteuils. Quant à moi, je m’installai dans celui que je m’étais attribué.

— Je suis heureux de voir que vous avez parfaitement réagi face aux évènements tragiques du secteur « bidonville », nous félicita le maitre du jeu. Nous vous ouvrons l’accès à Naturralya. Je vous laisse découvrir cet espace empli de fraicheur et de beauté, une pointe d’optimisme bien méritée. Vous pourrez vous y rendre à votre guise et en ressortir sans contrainte de sauvegarde. Bonne continuation.

Edgar disparut sur ces paroles. Eo exultait. Les bonus, il les collectionnait !

— On y va ? demanda-t-il d’un ton joyeux en claquant des doigts.

— Avec plaisir, répondit L’Émissaire.

Je déclinai l’invitation poliment. Je voulais rentrer, j’avais eu ma dose d’émotions fortes pour la journée. J’annonçai que je découvrirais notre cadeau le lendemain. Les garçons n’eurent pas l’air trop déçu.

Je m’approchai de la porte et en activai l’ouverture.

— Demain, même heure ? proposa Eo.

— Euh non, je ne suis pas libre. Samedi soir non plus, grimaçai-je.

Eo me dévisagea, étonné. Je levai les yeux au plafond.

— J’ai une vie sociale moi ! Et à l’occasion un petit ami…

Les deux garçons se regardèrent et éclatèrent de rire.

— Et ton petit ami t’occupe aussi en journée ? s’enquit Eo d’un air malicieux.

Je lui tirai la langue comme une gamine.

— Non. On peut se voir à 14 h si cela vous convient.

— C’est bon pour moi, me rassura L’Émissaire, bienveillant.

Je le remerciai d’un hochement de tête et montai sur mon transporteur.

Lorsque j’ôtai mon casque, il était minuit passé. Ma chambre était plongée dans le noir. Il faisait tellement chaud que je transpirais. J’allai dans la cuisine prendre un verre d’eau fraiche. Il n’y avait aucun bruit, à part le moteur du réfrigérateur qui préparait des glaçons. De retour dans ma tanière, je me rallongeai et sombrai immédiatement dans un sommeil profond.

À mon réveil, une pêche d’enfer m’animait. Mon programme de la journée s’annonçait chargé et plein de surprises. Après mon petit déjeuner, je contactai Lucas. Nous prîmes rendez-vous à 19 h pour une sortie dans un restaurant « romantique ». Je me réjouissais d’avance de ce petit moment de tendresse en sa compagnie. À 14 h, je devais retrouver mes amis pour une nouvelle aventure émotionnelle. Mais avant ça, mon bonus me tendait les bras.

Arrivée à Naturralya, je compris la toute-puissance de Sensation. Une symphonie tactile et olfactive s’offrit à moi. Rose, violette, jasmin, puis sous-bois, terre humide, pelouse fraichement coupée.

Et devant moi, s’élevaient les portes de Naturralya, une cité végétale.

J’étais immobile, éblouie et envoutée.

Je m’apprêtai à avancer lorsque, délicatement, on posa une main sur mon épaule.

Je ne fus même pas surprise, comme si la nature elle-même pouvait me toucher. Lorsque je regardai derrière moi, il était là. Ses cheveux au vent, il me dévisageait de ses yeux verts qui pétillaient. Ou était-ce mon imagination ?

Sans un mot, il attrapa ma main.

Sans un mot, je le suivis.

Les premières habitations dépassaient rarement les trois étages et des passerelles en bois permettaient d’aller et venir sur les toits de la ville. Si je levais les yeux jusque-là, je pouvais voir les feuillages osciller comme si toutes les toitures avaient été aménagées en espaces verts. Du ciel, j’imaginais un patchwork de jardins suspendus. Les façades de nombreuses maisons se couvraient d’un mur végétal coloré. Les routes goudronnées avaient été remplacées par des chemins de promenade fleuris et l’eau, omniprésente, se déclinait sous forme de cascade, de fontaines et de petits ruisseaux. Le mobilier urbain, revisité, nous proposait en guise de bancs publics de gros galets en granite, dont certains s’ornaient d’une feuille de bananier comme pare-soleil. Des IA évoluaient dans cet environnement serein, un sourire radieux collé aux lèvres. Nous nous arrêtâmes face à une devanture en bois peint comme dans l’ancien temps.

— Tu veux déguster quelque chose ? chuchota Valens.

— Je peux ?

— Évidemment ! Tu ne vas pas passer à côté des cuberdons du Père Antoine, dit-il levant les sourcils. Ce sont mes préférés.

Je ne comprenais rien à la situation, mais je n’avais pas envie de me poser de questions. Je me sentais comme Alice au pays des merveilles.

Nous pénétrâmes dans l’atelier de confiserie et de nouveau, des parfums subtils vinrent m’enivrer. À l’entrée, une odeur de caramel chatouillée par celle du citron. La fraise s’imposa rapidement, couvrant la framboise et le cassis que je détectai en m’approchant des étalages.

Valens commanda un sachet de cuberdons aux multiples saveurs. Dès que je mis mon précieux bonbon dans ma bouche virtuelle, je crus sombrer dans l’enfance, quand chaque dimanche mon père m’achetait une gourmandise au marché.

— Ça te plait ?

Je hochai la tête quelques instants.

Il sourit.

— Viens, continuons la visite.

Je voulus me ressaisir, il devait apporter des réponses à mes questions, toutefois si Valens était bien mon Lucas j’avais aussi envie de voir jusqu’à quel point il pourrait jouer cette comédie, car jusqu’à présent il faisait un sans faute et je réalisai que je ne connaissais pas tous les secrets de mon petit ami. Mine de rien, je jouais aussi mon rôle.

Tout en mâchonnant une nouvelle douceur, je lui emboitais le pas.

— Ici nous sommes dans ce que nous appelons entre nous « Naturralya.1 » ou « N.1 ». C’est notre première esquisse d’une cité plus proche de la nature, mais elle n’est pas idéale. N.2 est beaucoup plus réaliste avec une très bonne intégration des technologies qu’il nous faudra inventer pour de vrai. Mais je trouve que N.1 a plus de charme, conclut-il.

Nous empruntâmes le transport en commun local, un petit train composé de deux wagons de quatre places, tractés par des chevaux. Nous descendîmes deux arrêts plus loin. Sur notre gauche, je découvris la Grand-Place Aquatalia selon le panneau d’information. Elle devait tenir son nom des immenses baies vitrées qui formaient des aquariums extérieurs hauts de plusieurs étages. Subjuguée par le spectacle, je ne pus m’empêcher de dévorer de longues minutes le ballet des méduses. Nous nous promenâmes ensuite sur l’allée de baobabs nains qui longeait une rivière ; l’eau était si limpide que j’y distinguais des espadons-voiliers dont la nageoire dorsale ondoyait comme un grand éventail bleu nuit. Aux abords, des escaliers en pierre bleue permettaient de s’élever et de chatouiller la cime d’arbres inconnus et non de pratiquer la pêche à la ligne, comme je l’avais imaginé en premier lieu. Mes yeux attrapaient aussi au vol quelques oiseaux exotiques au plumage chatoyant et aux cris enchanteurs. Je crus rêver devant les paradisiers. Valens me commentait chaque rencontre ; je l’écoutais en silence, paisible comme je ne l’avais jamais été.

Au bout de la place, nous nous installâmes côte à côte sur un banc au centre du square des orchidées. Le temps n’était plus à la flânerie, mais aux explications.

Je me tournai vers lui et attaquai en premier :

— Lucas… commençai-je, pourquoi ne m’as-tu rien dit pour ALE ?

Il tiqua.

— Lucas ? Qui est Lucas ?

— Pas la peine de faire semblant et de te cacher derrière cet avatar.

Il fronça les yeux, se mit à sourire et enchaina :

— Je te jure que je ne suis pas ce Lucas. D’ailleurs qui est-ce ?

— Arrête ton char, s’il te plait. Tu connais mon pseudo, tu utilises les mêmes expressions dans la vie réelle… tu m’offres des… bonbons !

Valens éclata de rire comme si je venais de dire une grosse bêtise.

— J’étais persuadé de viser juste avec les bonbons, déclara-t-il, fier de lui. Mais je ne suis pas ce Lucas, grimaça-t-il.

Je soufflai et me détournai de lui. Il allait tout gâcher, cet imbécile. Je commençais à m’attacher à ce côté inconnu de sa personnalité et il niait en bloc sans que j’en comprenne la raison.

— Lucas est mon petit ami et tu le sais très bien, ajoutai-je en le défiant du regard, entêtée comme une mule.

Il baissa la tête, ses lèvres s’étirèrent. Je me levai pour me planter devant lui. Je le tenais ! À mon tour, j’affichai un sourire béat, trop contente d’avoir gagné.

Il me considéra, l’air manifestement ennuyé.

— Je suis navré, mais ce n’est pas moi, soupira-t-il. Adresse-toi à lui dans la vie réelle et tu verras bien.

Je serrai les dents comme si sa sentence était sans appel.

— OK, Valens, articulai-je en appuyant sur son pseudo, tu n’es pas Lucas. Pourquoi me suis tu alors ?

Il plissa les paupières et aussi incroyable que cela puisse paraitre, une ride barra son front. Trop mortel, cet avatar, j’étais jalouse. Il se massa le cou, hésitant. Je patientai en silence.

— Euh… je te l’ai déjà dit.

— Oui, oui, tu aimes me voir affronter les méchants, récitai-je en grimaçant.

Pour une raison qui m’échappait, il se crispa.

— Ce n’est pas faux. Tu te débrouilles bien.

Je secouai la tête frénétiquement en mode « tu me gonfles grave ».

— Il y a… ces petits cris que tu pousses au combat.

— Quoi ?

— Tu sais, comme les joueuses de tennis. Et tu marmonnes aussi. Des choses incompréhensibles, mais c’est assez mignon.

— Tu te fous de moi ?

Je pris une profonde respiration, énervée.

— Je t’assure que non ! Ça vaut le détour. Tu es très réceptive à Sensation, ajouta-t-il en se levant à son tour.

Vexée, je lui tournai le dos. Il me contourna, baissa les yeux et scruta mon médaillon.

— Je dois entrer en contact avec Léa, dit-il en pointant du doigt ma clé.

— C’était donc ça ! grinçai-je, le ton mauvais.

Sur la défensive, j’exécutai un pas en arrière et recouvris mon médaillon des mains.

— Qu’est-ce que tu lui veux ?

— Demande à Léa de se matérialiser, s’il te plait.

— Il n’en est pas question, répliquai-je fermement. Ce médaillon me protège.

— Tu n’es pas en danger ici et tu n’as rien à craindre de moi. Léa ne te sert à rien dans la cité… Réfléchis, pourquoi t’aurais-je sauvée de la falaise si je te voulais du mal ?

Il venait de marquer un point. Pourquoi, en effet ? Mais tout de même, pourquoi moi je lui ferais confiance ? En plus, il avait blessé mon égo avec ses commentaires à la con.

Il se rapprocha d’un pas.

— Wave, c’est une histoire compliquée. Fais-moi confiance, ajouta-t-il sur un ton peiné. Demande à Léa d’apparaitre. Elle répondra à tes questions. Je t’assure.

Je fouillai son regard, hésitante. Il me fixa, puis hocha la tête de nouveau comme pour confirmer.

— Léa, chuchotai-je.

La petite fille se matérialisa à nos côtés. Valens soupira de soulagement, puis il commença son interrogatoire.

— Léa, de qui gères-tu les interfaces ?

— Je gère les interfaces d’Eo, L’Émissaire et WaveRider.

— Léa, as-tu accès à tes archives ?

— Affirmatif.

— Qui gère Valens ?

— Accès refusé.

Il souffla. Je ne comprenais rien.

— Léa, qui suis-je ?

— Tu es Valens.

— Comment le sais-tu ?

— Toutes les interactions entre les aventuriers et le jeu sont enregistrées. Valens, homme blanc, premier contact avec WaveRider, le vingt-sept juin à zéro heure dix minutes et vingt-quatre secondes…

— Stop ! coupa-t-il.

Il se tourna vers moi.

— Quelle date sommes-nous ? me demanda-t-il d’un ton inquiet.

— Je ne comprends pas, répondis-je.

— Quelle date ? C’est quoi la date d’aujourd’hui ? répéta-t-il.

— Eh bien, nous sommes le 2 juillet.

— Le 2 juillet ?

Je ne pus m’empêcher de sourciller.

— Le 2, oui, c’est le matin. Euh… T’as un gros souci si tu ne connais même pas la date. Faut penser à se déconnecter de temps en temps. Tu veux aussi savoir en quelle année nous sommes ?

Il enfouit son visage entre ses mains un instant, puis se retourna vers nous. Je n’avais jamais vu un avatar aussi décomposé.

— Léa, code ALE3456AVVALENS.

L’avatar de la petite fille se brouilla et son image grésilla comme s’il y avait des problèmes de transmission.

— Code erroné. Veuillez recommencer.

— Code ALE3456AVVALENS, reprit-il avec insistance.

— Code erroné. Veuillez recommencer.

— Mais qu’est-ce que tu essaies de faire ? aboyai-je, agacée.

Il allait faire planter ma clé à ce rythme. Valens ne me répondit pas. Statufié, il semblait perdu dans ses pensées.

— Allo ? dis-je en agitant une main devant son visage. T’es toujours avec moi ?

— Quand l’équipe va-t-elle revenir ?

— À 14 h aujourd’hui. Pourquoi ?

— As-tu confiance en eux ?

— Mais enfin… bien sûr que j’ai confiance !

— Rentre chez toi, annonça-t-il d’un ton calme.

— Mais…

Il s’approcha, tendit sa main vers mon visage. Je reculai légèrement. Il arrêta son mouvement.

— S’il te plait, je sais que je te le demande souvent, mais fais-moi confiance. Je ne te veux aucun mal. Déconnecte-toi. On se voit plus tard.

Il exécuta un demi-tour et partit. Stupéfaite de ce qui venait de se passer, je le regardai s’éloigner sans bouger. Je me rassis sur le banc en granite et restais songeuse de longues minutes, puis j’ordonnai à Léa mon retour dans la loge.

Mon esprit était embrouillé. D’un côté j’étais encore sous le charme de Naturralya, d’un autre l’intervention mystérieuse de Valens me laissait perplexe. Je déposai mon casque sur son support et me rendis dans la cuisine. Musique dans les oreilles, je me confectionnai une salade que je consommai sur le balcon. Il me restait une bonne heure avant ma prochaine connexion. J’allai prendre un peu de vrai soleil.

À 13 h 45, je me préparai pour ma nouvelle expédition. Nous nous matérialisâmes aux abords d’une route qui longeait une magnifique plage de sable fin et doré. De l’autre côté de celle-ci, des bâtiments ultramodernes et très design. L’ensemble baignait dans une musique entrainante aux rythmes endiablés. Je pensai immédiatement à Rio de Janeiro et sa plage de Copacabana. Tout le monde sans exception était en maillot de bain.

— Mamma mia ! Tu as vu ces beautés ? s’enquit Eo à l’intention de L’Émissaire.

Il dévorait des yeux toutes les IA féminines à cent mètres à la ronde.

— Abandonnez-moi ici ! déclara-t-il soudain la langue presque pendante.

Nous marchions le long de la plage, sur une immense avenue dont les palmiers, aux larges feuilles parfaitement découpées, oscillaient en rythme. Sur ma droite, l’eau brillait comme la plus belle des émeraudes, elle fluctuait en douceur, caressant un tablier de sable blanc sur lequel s’étendaient des corps bronzés et huilés. Dans ce ciel si bleu, le soleil resplendissait et me chauffait la peau. De l’autre côté s’élevaient des immeubles, tous aussi magnifiques, tant l’ensemble architectural était harmonieux et sans le moindre défaut. Un vrai paysage de vacances et de perfection à un détail près : au bord du trottoir, une galerie de miroirs s’étalait à perte de vue, comme s’ils avaient poussé du sol. Des ronds, des rectangulaires, à hauteur des yeux ou de plain-pied. Devant eux, des IA effectuaient un étrange manège. Elles s’admiraient sous toutes les coutures.

— C’est bizarre, remarquai-je.

— Qu’est-ce qu’il y a de bizarre ? rétorqua Eo.

— Regarde toutes ces personnes, elles sont parfaites.

— Oh ouiiiiiii, parfaiiiiites, répéta-t-il en se frottant les mains d’un air gourmand.

— Tu ne trouves pas cela curieux ?

— Non, dit-il en remuant de la tête, c’est le paradis. Nous sommes dans une version virtuelle du paradis ! s’écria-t-il soudain en levant les bras au ciel.

L’Émissaire, silencieux, contemplait lui aussi notre environnement.

— Hé ! Ho ! L’Émissaire ! postillonnai-je. T’es devenu muet ?

— Non, non, je fais comme toi.

— Comme moi ? rétorquai-je, douteuse.

— Oui, comme toi, j’étudie la scène…

Je hochai la tête.

— C’est ça, tu étudies la scène ! Ben voyons ! Prends-moi pour une gourde.

— Ce n’est pas ce que tu crois, Wave !

— Tu veux me faire avaler que tu es insensible au… panorama ?

— Euh… non ! Enfin si… je suis marié, moi !

Marié, L’Émissaire ? Je le scrutai de près, mais il détourna les yeux.

— Regarde, me dit-il, tendant le bras en l’air comme pour faire diversion.

Je levai la tête et fus estomaquée par ce que je découvris.

— C’est le Christo Redentor, murmura-t-il. Enfin, une version plus moderne…

Dominant la ville, la fameuse statue avait effectivement reçu un bon lifting. Ce Christ, vêtu d’un simple pagne, dévoilait un corps parfaitement taillé, tout droit sorti d’un magazine. Il était canon ! J’interrogeai L’Émissaire du regard. Il haussa les sourcils, mais ne fit aucun commentaire.

— Oh, ma jolie, ma belle, je suis à toi pour toujours ! déclara Eo à une Barbie ambulante qui souriait bêtement.

— Eo ! Tu peux te concentrer deux minutes, s’il te plait ?

— Je suis déjà au maximum, Wave !

Il m’énervait à baver devant toutes ces poupées. D’un autre côté, il était tellement rigolo à voir que je laissai tomber.

Je prêtai alors une plus grande attention aux IA mâles. Eux aussi étaient superbes. Une peau mate, juste ce qu’il faut. Pas une ride à l’horizon, on aurait dit d’ailleurs qu’ils avaient tous le même âge. Leurs regards étaient perçants, du jaune au violet en passant par les couleurs classiques de bleu, vert et marron. Ils arboraient tous un magnifique sourire sous lequel resplendissait une dentition parfaite. Pas un gramme de graisse au ventre, les corps étaient à tomber à la renverse. Ils ne devaient manger que du poulet ces gens-là !

— C’est Perfect World, annonçai-je à voix haute.

— Oui, acquiesça L’Émissaire amusé.

Nous arrêtâmes notre marche, Eo ne se trouvait plus à nos côtés. Assis sur un muret, dos à la plage, il léchait tour à tour la glace de deux cure-dents aux cheveux longs.

— Mais que fais-tu ? soupirai-je.

— Je goute aux saveurs locales, dit-il d’un ton mielleux.

Nous éclatâmes de rire.

— Ce n’est pas Perfect World, Wave, mais Lifting World, rectifia l’Émissaire. Cette ville n’est habitée que par des gens qui veulent être beaux et jeunes en permanence.

— Eh bien, c’est une excellente idée ! balbutia Eo, la bouche pleine de je ne sais quoi. Voilà comment doit être le futur, ajouta-t-il la tête penchée vers Barbie 2.

Soudain, deux nouvelles créatures s’approchèrent et me bousculèrent légèrement pour entourer L’Émissaire. L’avatar de ce dernier était tellement sexy, que je réalisai qu’elles avaient mis sacrément longtemps pour se décider à l’accoster. Notre grand Black tenta de se défaire des deux sangsues avec ruse et y parvint rapidement.

— À ton avis, en quoi consiste notre mission ? me demanda-t-il, soulagé de voir les IA s’éloigner.

— Je n’en ai aucune idée.

— Il n’y a pas de méchant ici, et aucune flèche GPS.

À peine avait-il fini sa phrase qu’une sirène retentit. Ça déraillait à Paradise beach.

Je me retournai et découvris une voiture de police arriver à vive allure. Elle freina d’un coup sec et s’arrêta juste à notre hauteur. Surprenant, non ?

Deux policiers sortirent du véhicule. Peau mate, lunettes de soleil sur le crâne, chemise à manches courtes et bermuda, ils étaient beaux comme des dieux. L’un d’eux tenait un objet étrange dans la main.

— Bonjour, police, annonça le premier. Contrôle des mensurations. Veuillez vous mettre contre le véhicule.

Je dévisageai ahurie, ce super sexy cop. J’avais du mal à comprendre ce qu’il nous demandait. Devant notre passivité, le second policier s’approcha de nous et répéta d’un ton ferme :

— Police, contrôle des mensurations. Veuillez vous mettre contre le véhicule, face à nous.

Eo se leva de son muret et, sourire banane sur le visage, se dandina jusqu’à la voiture de police.

 — Contrôle des mensurations, les amis !

Il était mort de rire. Plus circonspect, L’Émissaire s’exécuta. De mon côté, je ne revenais pas de mon étonnement. Et surtout je n’en menais pas large.

Nous nous mîmes tous trois contre le véhicule rutilant. Ken le policier passa son objet mystère devant l’avatar du grand guerrier noir, puis déclara :

— Taille 187, poids 85, masse musculaire AA, masse graisseuse AA. Visage : yeux catégorie 2, dents AAA. Individu homogène.

Il releva les yeux de son scanner à mensurations.

— C’est bon pour vous, monsieur. Vous pouvez circuler.

L’Émissaire nous regarda et se mit à l’écart. Le policier reproduisit la manœuvre avec l’avatar d’Eo.

— Taille 179, poids 69, masse musculaire A, masse graisseuse AA. Visage : yeux catégorie 3, dents AAA. Individu homogène. C’est bon, circulez !

Eo qui reprenait petit à petit possession de tous ses neurones alla rejoindre L’Émissaire, posté cinq mètres plus loin. Le policier entama la dernière inspection, la mienne. Je m’étirai mentalement au maximum, ce qui était absurde : mon avatar possédait une taille préprogrammée.

— Taille 166, poids 58, masse musculaire B+, masse graisseuse B.

Il s’interrompit aussitôt.

— Mademoiselle, vous êtes en situation illégale, déclara-t-il froidement. Cette zone est réservée aux individus homogènes. Veuillez vous retourner. Nous vous emmenons au poste de police.

Mon cœur s’emballa. J’allais me retrouver enfermée dans ALE.

— Attendez ! protestai-je.

— Avez-vous un chirurgien ? me demanda le flic d’un ton monocorde.

Je fis non de la tête.

— Il vous en sera commis un d’office.

Il attrapa mes bras et me les colla dans le dos. Je tournai la tête vers Eo. Il remonta deux fois ses lunettes. C’était notre signal dans WOP. Je commençai mentalement mon décompte.

10… 9…

Mes compagnons s’éloignèrent, mine de rien. Mon cœur accéléra ses battements. Je devais avoir fini mon décompte avant d’être enfermée dans la voiture, mais il fallait aussi laisser le temps aux garçons de prendre leurs distances.

8… 7…

Le policier me fit reculer de trois pas. L’autre ouvrit la portière.

6… 5…

— Attendez ! protestai-je encore. Je viens juste d’arriver. Il doit y avoir une erreur.

— Impossible, mademoiselle, la machine ne fait pas d’erreur.

Il me jaugea de la tête aux pieds et éclata de rire.

4… 3…

— Tu as vu ça ? se moqua-t-il en s’adressant à son collègue.

2… 1…

Le flic m’abaissa la tête pour me faire entrer dans la voiture.

0…

J’invoquai Léa sable et filai de justesse entre les doigts de mon cerbère. Stupéfait, il dégaina son arme et contempla ses pieds sur lesquels je m’étais répandue. Je m’écoulai alors sous la voiture et plaquai mes grains derrière une roue. Il se mit à genoux pour inspecter le sol. Je n’osais plus respirer de peur de m’envoler. Je glissai lentement vers l’arrière du véhicule, longeai la bordure du trottoir sur quelques mètres en une longue file de grains. J’étais quasi indétectable. Je remontai et roulai en direction de la plage. Les deux flics s’agitaient autour de leur voiture.

— Wave, chuchota la voix d’Eo. T’es toujours avec nous ?

— Oui, oui, j’arrive. Je file vers la plage ! Je vous retrouve au bout.

— Et si on donnait une petite leçon de modestie à cette population ? suggéra-t-il d’une voix railleuse.

— Que proposes-tu ? demanda L’Émissaire.

— Suis-moi !

Un bruit de verre brisé retentit. Je ne comprenais rien à ce que les garçons mijotaient.

— Que faites-vous ?

— On casse de l’image !

Je m’enfonçai dans la plage de sable blanc, au milieu des serviettes et des parasols. Moi aussi, j’eus envie de perturber un peu cette vision de carte postale. Je naviguai alors sur le rivage comme un dauphin et projetai une gerbe de sable à chaque remontée, arrosant les liftés qui bronzaient. J’entendis les IA crier, trop choquées. En moi-même, je rigolais bien en imaginant la scène.

La sirène de police retentit de nouveau.

— Ils vous poursuivent ? demandai-je.

— Ouais, siffla Eo.

— Faites quand même gaffe, nous ne savons toujours pas où se trouve l’esperluette pour la sauvegarde, rappelai-je.

— Attends, dit L’Émissaire à Eo. Et si on prenait une rue perpendiculaire ?

— Wave, t’es à quelle hauteur ?

J’invoquai Léa Tourbillon et m’élevai dans les airs en une mini-tornade.

— Je te vois. Reviens vers le bord, traverse l’avenue et attends-nous !

J’exécutai les ordres d’Eo. Je tourbillonnai sur l’accotement, puis traversai la chaussée. Au même moment la voiture de police arriva. Elle voulut m’éviter, freina d’un coup sec et alla s’encastrer dans un palmier. Je continuai mon chemin et repris ma forme humaine sur le trottoir d’en face. Je me tapis derrière une poubelle dans une ruelle. Curieusement, les rayons du soleil ne pénétraient pas dans cet espace.

— Je suis dans le passage en face de la fontaine, murmurai-je.

— On arrive ! cria Eo.

Lorsque mes compagnons me rejoignirent, de nombreuses sirènes retentissaient de toutes parts. Il était hors de question de se remontrer de ce côté-là de la ville, à moins d’y faire un carnage. Sans avoir besoin de nous consulter, nous nous engageâmes donc dans la ruelle. Une grille nous arrêta. Elle était haute comme les buildings et parée de fils barbelés.

— C’est quoi, ce bordel ? grommela Eo.

Nous nous approchâmes lentement. Derrière les barreaux, nous découvrîmes un monde plongé dans le gris et la saleté. L’atmosphère y semblait visqueuse et la ruelle exhalait une odeur d’égout. L’envers du décor, pensai-je. Au milieu de la crasse et des détritus se tenaient, stoïques, les yeux rivés vers nous, d’autres IA. L’une d’elles, d’une quinzaine d’années, s’approcha. Petite, les cheveux courts, les iris sombres, un peu boulotte, mais pas de quoi en faire une maladie. Une seconde vint la rejoindre, puis une troisième. En fait, ils semblaient très nombreux de ce côté-là de la grille.

— Qui êtes-vous ? demanda L’Émissaire.

— Nous sommes des illégaux. Des « non homogènes ».

Devant l’air interrogatif de mon compagnon, l’IA enchaina :

— Nous sommes ceux qui n’ont pas les moyens de passer par la chirurgie esthétique pour s’améliorer. Alors nous sommes « interdits de séjour » dans cette partie de la ville, dit-elle en pointant le morceau d’océan qu’on devinait à l’autre bout de la ruelle.

— Interdits de séjour dans votre propre ville ! s’exclama Eo.

— Oui.

— Mais comment est-ce possible ? ajouta L’Émissaire.

Une « vieille » IA, restée cachée jusque-là, s’approcha à son tour du grillage et haussa les épaules avec fatalité.

— Au début, il y a eu la mode. La mode est peu à peu devenue une généralité, puis une obligation.

Elle avait les cheveux blancs attachés en chignon. Quelques mèches ternes s’en échappaient et longeaient son visage rabougri.

— Dans les premiers temps, nous étions gênés. Ceux qui recouraient à la chirurgie se faisaient toujours plus nombreux. Nous fréquentions de moins en moins la plage, jusqu’à ce que les autres finissent par nous rejeter. Ce furent d’abord des railleries, puis des bousculades, des bagarres et en définitive, une interdiction totale et légale.

Ses yeux s’assombrirent, elle fit deux pas en arrière. Les policiers venaient de s’engouffrer dans notre ruelle.

— Mettez-vous à couvert, alerta L’Émissaire.

Je transmis le médaillon à Eo. Il revêtit son armure et riposta aussitôt aux coups de feu. L’Émissaire et moi, plaqués contre le mur derrière les ordures, tirions au pistolet laser comme des forcenés sur la grille pour y découper un passage. Les barreaux se révélèrent super résistants. Nous étions piégés.

Eo jeta un coup d’œil dans notre direction. Il fit demi-tour et s’élança, roulé en boule, contre le grand portail. Au contact de son armure, deux des barreaux que nous avions affaiblis se brisèrent net. L’Émissaire et moi, à plat ventre, tentions de ralentir l’avancée des flics en visant les parois des immeubles pour faire tomber des briques ; pas question de blesser les policiers. Eo se releva et recommença sans relâche. Il fonçait comme un fou contre cette grille. Il dut s’y prendre à trois ou quatre fois avant que la brèche ne cède. Il resta immobile un instant. Il semblait sonné. Les agents de l’ordre cessèrent leurs tirs. Un bruit assourdissant envahit nos casques. Un hélicoptère jaune se mit en position stationnaire au-dessus des buildings, juste là où nous nous trouvions. En gros sur son flanc, les lettres « TV news ».

L’Émissaire se releva et s’adressa aux IA du ghetto.

— Allez-y ! C’est aussi chez vous, non ?

De longues secondes s’écoulèrent avant que la foule ne se décide enfin à traverser l’ouverture et à rejoindre le soleil. Face à cette déferlante d’humains et à la caméra, les policiers baissèrent leurs armes et cédèrent du terrain.

— Il y a cinq autres portails, nous informa une IA. Pouvez-vous tous les détruire ?

Eo, en bon seigneur, acquiesça d’un signe de tête.

Nous investîmes le ghetto et ralliâmes par derrière les ruelles des « non homogènes » pour faire sauter toutes les barrières. C’est à la dernière, non loin de notre lieu d’arrivée, que nous découvrîmes, soulagés, l’esperluette. Autour de nous, des centaines de gens tous aussi moches les uns que les autres, tous aussi beaux que moi, regagnaient la plage et la lumière du soleil comme des révolutionnaires au pas de charge.

De retour dans la loge, Léa reprit place au centre de l’estrade.

— Félicitations ! Vous avez effectué une belle mission, même si vous n’avez pas été les plus rapides !

Eo s’approcha de la fillette, poings sur les hanches.

— Comment ça, nous n’avons pas été rapides ?

— Eh bien, cinq équipes ont terminé ce tableau en trente minutes !

— Trente minutes ? se décomposa-t-il, piqué au vif. Mais comment ont-ils fait ça ?

Léa se fendit d’un large sourire et me pointa du menton.

— Ils ne se sont pas fait arrêter, eux !

— Comment ça ? Le scénario n’est pas le même pour tout le monde ?

— Non, il s’adapte, jubila la gamine.

— Peux-tu nous donner plus d’informations, s’il te plait ? demanda posément L’Émissaire.

Léa acquiesça de bonne grâce. Avec ses tresses et ses taches de son, elle faisait vraiment petite fille modèle.

— Vous êtes nombreux à choisir un avatar dont les caractéristiques physiques sont avantageuses, fit-elle remarquer en s’adressant aux deux garçons.

Ils regardèrent chacun leur corps, puis s’observèrent l’un l’autre avant de se tourner vers moi.

— Wave n’a pas fait preuve d’originalité, reprit-elle.

— Merci Léa, répliquai-je, surprise et blessée.

— Avec plaisir, répondit-elle sans se laisser démonter. C’est pourquoi ils ne se sont pas fait arrêter, eux.

— Mais enfin ! Je n’ai pas besoin de ressembler à une bimbo pour jouer !

Je m’avachis, frustrée, dans mon fauteuil.

— Correct, annonça Léa.

J’étais sidérée par les arguments de cette gamine.

— Par contre, vous avez libéré de la servitude une grande partie de la population de cette cité.

— Ah, quand même ! ripostai-je avec un ricanement amer. Un peu de reconnaissance !

— Cette action vous offre une liberté.

Eo, toujours fou des petits plus que pouvait donner un jeu, se pencha vers Léa et demanda impatiemment :

— De quoi s’agit-il ?

— Lors de votre prochaine mission, vous pourrez utiliser tous les trois votre pouvoir, même si vous ne portez pas le médaillon.

— Yes ! cria Eo. On va cartonner !

Il claqua la main de L’Émissaire et vint se poster devant moi.

— Moi je t’aime comme ça, déclara-t-il en m’enlaçant. Ne change rien.

Léa aussi souriait. J’étais soulagée, même si j’aurais trouvé scandaleux de faire perdre mon équipe à cause de mon physique non « règlementaire » !

— Le naturel paie toujours, philosopha le grand Black.

Il m’adressa un clin d’œil. Je les scrutai tour à tour, soupçonneuse.

— Alors, votre avatar, demandai-je, il vous ressemble ou pas ?

L’Émissaire éclata de rire.

— Non, pas vraiment, déclara-t-il.

Je me tournai vers Eo.

— Je dirais juste que Léa n’a pas tout à fait tort, admit-il avec un large sourire.

Pourquoi avais-je le sentiment que je n’obtiendrais rien de plus de ces deux-là ? Léa retrouva sa forme de médaillon, coupant court à la conversation.

Nous allions quitter la loge lorsque je me remémorai que je détenais une information primordiale à partager avec mes compagnons.

— Euh… j’ai revu l’inconnu. Celui qui se fait appeler Valens.

— Où ça ? s’enquit Eo, redevenu sérieux.

— Dans Naturralya.

Les deux garçons parurent surpris. L’Émissaire s’accouda au dossier de son fauteuil et dit :

— Eo m’a briefé.

Eo, lui, se grattait le crâne. C’était vraiment un toc chez lui.

— C’est étrange… Nous, on n’a croisé que des IA.

— Ben pas moi. J’ai essayé de le questionner. Je pensais qu’il était mon petit ami, mais à priori, non.

— Comment ça, ton petit ami ? fit Eo en sourcillant.

— Il me suit, il connait mon nom, il aime me voir jouer, il utilise les mêmes expressions que dans la vie réelle… alors j’ai cru que c’était Lucas… mon copain.

— Hum, grogna Eo. C’est un gamer, ton Lucas ?

— Non. En y réfléchissant, mon idée était stupide.

— Non, elle ne l’est pas, me contredit doucement L’Émissaire. Je suppose que tu lui as posé la question ?

— Oui. Enfin, j’ai interrogé ce Valens. Il a eu l’air surpris. Je dine avec Lucas ce soir, je vais investiguer de ce côté-là. Mais j’ai de sérieux doutes, car en réalité, il voulait voir Léa pour lui parler.

Eo décrocha ses lunettes de ses cheveux blancs et les mâchouilla.

— Parler à Léa ?

— Je suis à ta disposition, fit la gamine qui réapparut.

— Euh, désolé, je ne m’adressais pas à toi.

— Tu as fait appel à moi, insista-t-elle. « Parler à Léa », répéta-t-elle.

Eo souffla.

— Oui et non. Bref, tu peux redevenir le médaillon, ajouta-t-il en agitant la main.

La fillette lui tourna le dos et s’exécuta.

— Continue, Wave.

— Il a donné des codes à qui-tu-sais, chuchotai-je bêtement de peur qu’elle ne revienne. Elle a annoncé que les codes étaient erronés, puis il lui a demandé ce qu’elle savait de lui. Visiblement, elle n’avait pas grand-chose sur lui, sauf la date de notre première rencontre. Ah oui ! Il s’est passé une autre chose étrange.

— Vas-y, enchaina Eo.

— Il m’a demandé quelle date nous étions, grimaçai-je. Et quand je la lui ai donnée, il a semblé perdu. Puis il a voulu savoir si j’avais confiance en vous, j’ai répondu que oui, bien sûr, et quand était notre prochaine connexion.

— Tu lui as dit ?

— Bah oui.

— Mais nous ne l’avons pas croisé aujourd’hui, remarqua Eo.

— Bah non.

— Bon, commence par interroger ton Lucas et puis on verra bien si l’autre se pointe lors de notre prochaine aventure. Nous devrons être attentifs.

Je hochai la tête. L’Émissaire fit de même.

— On se retrouve demain à 22 h ? s’enquit Eo.

— OK.

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